PROJET DU PACTE RURAL

UN SOUS-SOL D'ÉGLISE COURU À ST-JOACHIM-DE-SHEFFORD

Par définition, une salle communautaire est un lieu ouvert à la communauté, un endroit où le village se rassemble. Celle du sous-sol de l'église de St-Joachim-de-Shefford a quelque chose de plus: elle a été construite par des bénévoles de la communauté. Une histoire de solidarité et de miracles.

C'est un vendredi matin d'hiver comme les autres. Des enfants jouent dans la neige, les voitures se font rares. Fait inhabituel toutefois, le stationnement de l'église compte plusieurs occupants. Nous sommes à Saint- Joachim-de-Shefford, il est 9h30. À l'intérieur de l'église: personne. Pourtant, les paires de bottes dégouttent deux par deux sur le tapis d'entrée. Jacques Daigneault et sa conjointe Lili Biurrarena nous invitent alors au sous-sol. En bas, une bonne dizaine de bénévoles s'activent. «On m'attendait personne aujourd'hui et pourtant ils sont tous là!», s'étonne Lili. «Ils ont hâte que ce soit terminé», précise Jacques avec fierté. On en est aux travaux de finition, la salle communautaire est accueillante, chaleureuse. Dans un coin, Robert Évenat met à profit son expertise d'ébéniste, ont il enseigne les rudiments. Plus loin, l'ex-maire Gilles Beauregard et sa femme Madeleine procèdent avec inutie au sablage de pièces de bois. Ils se tiennent derrière un vieil autel de bois transformé en bar. Tous les deux ont donné des dizaines sinon des centaines d'heures au projet.

Passe alors en coup de vent un visage qui détonne. Dans le paysage de joyeux retraités, un jeune homme. Ceinture d'outils autour de la taille, André Champagne donne à sa communauté. Au lieu de profiter tranquillement de ses journées de congé, le jeune père de famille vient offrir ses compétences de charpentier-menuisier. Et il le fait avec le sourire fendu jusqu'aux oreilles. D'après Jacques Daigneault qui supervise le projet, un total de 65 personnes sont passées par le chantier, certaines plus longtemps que d'autres, mais peu importe, tous ces gens ont mis l'épaule à la roue. Au-delà de 6 200 heures de bénévolat ont été consacrées au projet. Parmi eux, l'électricien Alain Desrosiers et le plâtrier Julien Beauregard ont eux aussi apporté des compétences essentielles. Même chose pour l'artiste-peintre Christiane Perron qui a illustré d'une murale l'un des murs de la grande pièce.

Besoin d'un lieu

En octobre 2010, le décès d'un ami de Jacques Daigneault déclenche tout. Le disparu a passé toute sa vie à Saint-Joachim et est connu de tout le monde. Au moment de ses funérailles, on se rend compte qu'après la cérémonie, il n'y a aucun endroit pour que les gens se rassemblent. «C'est un gars qui est né ici, qui a travaillé ici et on s'en va faire la réception ailleurs?», s'étonne encore M. Daigneault qui donne le coup d'envoi au projet de retaper le sous-sol de l'église. Motivateur de carrière, il forme rapidement un comité de cinq personnes et réussit à mobiliser tout le village. Pour mener à bien son idée, le comité doit toutefois manoeuvrer avec un budget serré, soit 129 000$. Un montant obtenu grâce à l'aide du Pacte rural, de la Fabrique, de la caisse populaire, de la municipalité et de dons de citoyens. Dès le début des travaux, on s'aperçoit qu'il n'y a pas de drain français sous les fondations. «On avait un lac intérieur en bas», révèle le maître d'oeuvre. Pour drainer le tout et corriger le problème, on doit piger 25 00$ dans le budget. Premier coup dur. Au même moment, le comité vit aussi son premier coup de chance. Les plans réalisés par des architectes et des ingénieurs leur sont offerts à un prix dérisoire. «On n'en revenait pas, ils nous ont fait un cadeau, ils ont coupé les prix de moitié», estime Lili Biurrarena qui a tenu les comptes tout au long des travaux. Par la suite, au moment où ils doivent construire un escalier, les artisans se retrouvent à court de bois. Pourquoi ne pas utiliser les bancs d'église? En fait, au moment de pratiquer une ouverture dans le plancher vers la salle au soussol, on a dû retirer quelques bancs. Ceux-là mêmes qui ont été transformés un magnifique escalier. Arrivent ensuite des dons inattendus, un résident a du bois à donner, un autre offre un aspirateur central. Des portes-coupe-feu leur sont vendues à prix d'ami. Pour couronner le tout, la Conférence régionale des élus de la Montérégie-Est octroie 15 000$ pour meubler l'endroit. Maintenant que la tâche est accomplie, que la salle est prête et que les bénévoles ont célébré leur exploit, Jacques Daigneault souhaite que les citoyens s'approprient l'endroit. Au cours des prochains mois, on veut y présenter des conférences, des ateliers de formation et surtout rassembler un village tissé serré.

 

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